Mercredi 31 octobre 2007
C’est une bien belle matinée d’automne qui s’offre à moi, le roi de cette forêt. Je déambule avec ma cour au travers des buissons d’épineux, qui tentent de m’accrocher en vain, entre les arbres
qui se parent, pour l’occasion, de couleurs chatoyantes, sur un tapis rougit de nature, en mon honneur. Tout est fait pour que je me sente à mon aise. Ce royaume est parfait.
Ce matin, après cette balade brumeuse, je dois rencontrer une princesse qui ne peut que succomber à mon charme et quand bien même elle serait à ce point aveugle, elle m’est promise. La ligne
tendue de mon cou me permet, dignement, de surplomber mes accompagnateurs, fiers et jaloux à la fois. Qu’y puis-je, je suis Roi, je suis beau et je suis moi, tout de haut.
La destination est située à l’autre bout de mon royaume, un petit chalet au milieu d’une percée de nature. C’est un endroit simple où j’aime me promener et dénoter, malgré mon rang. Je vais me
frotter aux bonnes gens. Je leur donne ce qu’ils cherchent, du rêve et de la beauté. Qu’y puis-je, je suis fait comme cela, promis à un grand destin.
Mes amis s’écartent, c’est d’usage à ce point du cheminement. Je dois y aller seul, mystification de l’incarnation dégagée par tant d’apparat. Je vais me mêler, dans un bain de boue, aux sous
classes. Je suis aimé pour cela, adulé dans mon état. C’est surtout un moment de liberté pour moi qui aime à me retrouver seul de temps en temps pour me détendre et prendre du bon temps en
cassant ces rites et en me cachant de ces envieux regards. Je ne peux certes devenir moche et cacher mes atouts, c’est Dame nature qui m’a fait comme cela, mais j’en profite pour laisser sur la
terrasse qui borde le chalet quelques excréments, signes de mon royal passage en ces lieux. Je m’amuse à y chanter aussi pour entraîner cet appendice récalcitrant et surtout, but ultime de ce
pèlerinage, je retrouve cet instrument magique à la fois miroir et transparent mais toujours protégeant, du monde interdit. Un monde intérieur fait d’objets qui semblent inanimés.
Sans y penser, je me regarde et me noie dans cet océan de beauté. Ma queue toute déployée, les couleurs brillantes, iridescentes, naturelles donnent toute leur profondeur. Un demi-cercle parfait
allant du bleu au vert avec des touches marron pour dessiner, plumes longues et effilées. Comment pourraient-ils me résister, moi qui aie du mal à ne pas m’aimer ? Digne, fier, j’ai
réellement une allure royale et mon cœur, de le savoir, s’emballe. Je tourne la tête à gauche et ma crête m’enivre, à droite je n’en peux plus, oh miroir ne me dis rien, je sais que je suis le
plus beau !
« Pan »
Une décharge me traverse le corps, plaisir intense doublé d’une vive douleur. Je sens une chaleur et regarde d’où elle vient. C’est comme une délivrance, je m’en vais, oh, elle n’est pas si belle
cette tâche rouge sur ces couleurs si bien équilibrées. Je suis haut maintenant, plus haut qu’un roi, je suis devenu un Dieu…
« Ca y est, je l’ai eu ce paon. C’est beau, mais qu’est-ce que c’est chiant ! Chanter aussi faux à une heure pareille ! On bosse nous la semaine, on a besoin de repos le dimanche,
t’aurais dû retarder ton tour de chant d’au moins une bonne heure !
- Allez chéri, il ne t’entend plus, ramène moi quelques plumes pour faire un
bouquet, ce sera beau. »